Accueillir et renseigner, c'est un art!

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Saviez-vous que le métier d’hôtesse de terre a vu le jour en Belgique ? La mise en orbite de cette nouvelle profession a assurément bénéficié de l’exceptionnelle rampe de lancement que constitua l’Expo 58. Nous avons rencontré plusieurs “sourires” de l’Expo, elles seront le moteur de notre machine à remonter le temps.

 


C’est en 1955 que l’aventure commença. Les affiches foisonnaient dans Bruxelles et je décidai de répondre à l’appel, nous confie Léa Moulia, alors âgée de 22 ans et future hôtesse de l’Expo. Dès l’annonce du choix de Bruxelles comme ville organisatrice de l’exposition universelle de 1958, la Belgique s’est donc préparée. Et pour accueillir tous les visiteurs, on imagina un service d’accueil terrestre dans le style de ce qui existait depuis 1927 dans les avions. La Sabena fut interrogée, mais après mûre réflexion, on décida de fournir un accueil tout à fait différent de celui des hôtesses de l’air.

 

Dès lors, en 1955, le Commissaire général de l’Exposition, le Baron Moens de Fernig, créa un comité d’accueil placé sous la présidence du Baron Vaxelaire. Il fallait que la Belgique soit avant tout, une terre d’accueil, un “pays du sourire”. Une campagne de r­e­­­­­­cru­­­­t­­­­­ement, fort­ement diffusée, fut donc lancée via les journaux et  la radio : nous cherchions à enga­ger des jeunes filles polyglottes, ayant naturelle­ment le charme que toute hôtesse doit avoir. Plus de 300.000 dépliants et affiches furent diffusés et l’engouement fut total. Sur 3.000 candidatures, 280 jeunes femmes furent retenues et eurent l’honneur de recevoir deux uniformes rouges et bleus, frappés de la célèbre étoile de l’Expo.

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Formations

 

Pendant notre préactivité, qui dura quatre mois, nous avons étudié les projets de l’Expo grâce à des conférences données par des journalistes, des professeurs d’université ou encore les architectes des jardins ; un véritable retour aux études… Des visites de musées et d’usines agrémentèrent également cette remise à niveau de leur culture générale. Et n’oublions pas les conseils de maquillage et de coiffure généreusement prodigués par des jeunes femmes d’instituts de beauté.

 

Les hôtesses devaient connaître les différents pavillons et leurs significations respectives. A l’intérieur du Pavillon hollandais, par exemple, on avait recréé une mer avec de vraies vagues et encore aujourd’hui, je peux vous décrire chaque recoin de cette fabuleuse réalisation.  Dès juillet 1957, des hôtesses furent aussi envoyées dans chacun des bureaux de Tourisme belge à Paris, Londres, La Haye, Dusseldorf, etc. C’était la propagande du “ Sourire 58 ”.

 

Pendant cet écolage, les francophones et les néerlandophones avaient été séparées en deux groupes mais furent ensuite redistribuées. Pendant cinq jours, elles travaillaient par équipe de trois avec une hôtesse responsable, puis bénéficiaient de deux jours de congé.

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 L’Expo

 

Deux grands groupes d’hôtesses furent créés : la grande tournante et les hôtesses VIP. Les hôtesses du premier bougeaient beaucoup : je passais souvent une semaine à un poste frontière, ensuite j’allais au Bureau d’Information de Bruxelles et puis enfin je travaillais à l’Expo même. Ça permettait de n’être jamais enterrée au même endroit. Leur mission à l’Expo allait d’un simple renseignement sur les prix, par exemple, à l’accompagnement des aveugles auxquels il fallait décrire et commenter l’environnement. Aguerries par leur cours de protocole et de maintien, les hôtesses VIP, elles, étaient requises pour s’occuper de personnalités, telles Cocteau ou Fred Astaire. Une de mes amies avait accompagné Walt Disney pendant toute une journée à l’Expo et elle s’amuse toujours à raconter à ses petits enfants qu’elle a connu le père de Mickey. Certaines hôtesses accueillirent également les plus grands de ce monde lors des réceptions du Baron Moens de Fernig au Belvédère.

 

            Les hôtesses devaient se plier à un règlement implacable : elles ne pouvaient pas fumer, pas boire d’alcool, pas sortir le soir avec un monsieur piloté pendant la journée et ne pas interférer dans des affaires commerciales

 

Mais il faudra un événement cocasse pour propulser l’Expo sur la scène internationale. Le 1er juin, un photographe-reporter a surpris quelques hôtesses prenant le soleil en bikini sur le toit du palais 10. Ce jour-là, on votait en Belgique. Il y avait donc peu de visiteurs et peu d’hôtesses aussi. Il faisait très chaud et il y en avait quelques-unes qui étaient donc allées se reposer au soleil sur le toit du Heysel. Je les ai foutues à la porte toutes les huit d’un coup, nous confie Mme Mot. En tout cas, elles auront rendu un fier service à l’événement où la presse étrangère allait désormais se précipiter.

 

Etre une hôtesse de ’58 n’est pas dénué de sens aujourd’hui. Ces jeunes femmes res­teront un modèle que peu de pays ont réussi à copier sans faire d’er­reurs. Et si elles n’étaient proba­blement pas toutes les hôtesses id­éales, elles ont essayé de l’être grâce à leur grand enthousiasme, qui a peut-être pallié un manque d’expérience.

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Retrouvailles

 

Cette manifestation grandiose, qui a marqué la Belgique, a aussi créé des liens très forts. En effet, un certain sentiment d’appartenance à la grande communauté du “sourire 58” anime les anciennes hôtesses. Elles ont d’ailleurs gardé beaucoup de contacts entre elles et certaines se revoient encore une ou deux fois par an pour des petites fêtes de reconnaissance. En 1998, nous nous sommes  toutes retrouvées pour les 40 ans des hôtesses lors d’un souper au restaurant de l’Atomium. Et plus récemment, je suis allée visiter avec quelques-unes de mes anciennes collègues l’exposition "2002 objets retrouvés de l’Expo 58" à l’Atomium. On apprécie toujours de se rappeler cette joyeuse époque.

           

Avoir été une hôtesse de ’58, c’est vivre en 2002 la tête pleine de souvenirs. Je me souviens très bien de ce Texan qui a campé pendant trois jours devant les guichets de la porte de l’Atomium dans le seul but d’être l’heureux détenteur du ticket n°1 de l’Expo 58. Car c’était aussi ça l’Expo 58, une diversification des visiteurs allant du boy-scout au militaire en passant par la star et l’homme d’affaires.

Etre hôtesse ne relève pas seulement du panache et de la représentation : recherche d’enfants perdus, accompagnement d’handicapés, escorte de personnes haut placées. Toute la genèse de ce métier d’accueil et de relations publiques se trouve dans la préparation de  l’Expo 58, lorsque Odette Mot et sa petite équipe préparèrent 280 hôtesses à accueillir le monde. Le succès de cette gigantesque organisation a véritablement servi d’exemple à d’autres. Ainsi, on retrouve Mme Mot et ses collaboratrices lors d’une exposition nationale en Suisse, ou au Zaïre comme responsable du service d’accueil à la première Foire internationale de Kinshasa.

 

            En tricorne et veste garance, un bataillon de 280 hôtesses officielles accueillit dès le 17 avril 1958 les visiteurs dans les gares, les aérodromes, aux postes frontières. Elles étaient partout à distribuer des documents, à donner des renseignements. Toujours souriantes, elles ont contribué grandement au succès de l’Expo 58. Si ces sourires n’étaient que temporaires sur le plateau du Heysel, sur le visage des hôtesses et dans les yeux de ceux qui ont eu la chance de les croiser ils resteront à jamais gravés…

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Vinciane Colson

 

Les passages en italique sont repris des entrevues qui nous ont été accordées par Madame la Baronne Moens de Fernig, Madame Mot et Mademoiselle Moulia, respectivement fille du Commissaire général, responsable des hôtesses et hôtesse de l’Expo 58.

 

Pour en savoir plus

http://www.atomium.be

http://netrover.com/~berta/pagexpo.html

http://users.skynet.be/rentfarm/expo58/